wojciech jerzy has

 

La Poupée, de Wojciech Has

1998-01 / 2008-05

La vague antisémite de la fin des années soixante en Pologne

Montée de l'antisémitisme à partir du milieu de la décennie

Alors que Gomulka doit faire face en 1964 à des mouvements de fronde dans les milieux intellectuels ainsi qu'à une opposition déclarée au sein de son propre parti, on commence à beaucoup entendre parler des "Partisans", au nationalisme teinté d'antisémitisme. Leur chef de file, le général Moczar, qui occupe le poste de vice-ministre de l'Intérieur, a réussi à infiltrer les organisations du Parti et de l'État. Lorsqu'il est nommé ministre de l'Intérieur à la fin de l'année 1964, il se trouve en position de contrôler de nombreux centres de pouvoir en plus de l'appareil de sécurité, ainsi qu'une partie de la presse et l'organisation des anciens combattants. Sa nomination fait des "Partisans" la force montante de la scène politique. Ils sont étroitement liés aux Catholiques de l'organisation Pax. Fondée, à l'initiative d'un pouvoir désireux d'agir de l'intérieur sur le mouvement catholique, par l'ancien chef de la phalange fasciste Boleslaw Piasecki, Pax reçoit de substantiels subsides gouvernementaux, possède sa propre maison d'édition et un important groupe de presse.

Les années 1967-1969

La guerre des Six Jours éclate en juin 1967. L'Union soviétique, qui soutient les pays Arabes, craint de voir se développer en Pologne un courant de sympathie à l'égard d'Israël, par pur réflexe antisoviétique. Le pouvoir polonais doit en outre faire face à une montée du mécontentement ainsi qu'à une contestation de la génération nouvellement entrée à l'université. Les dirigeants choisissent une méthode qui a fait ses preuves : détourner l'attention en attisant l'antisémitisme, par tous les moyens, au premier plan desquels se trouvent les médias. La campagne antisémite débute, sous le masque de l'"antisionisme".

Dans un discours de juin 1967, Gomulka accuse les Polonais juifs d'être responsables de la campagne antisoviétique, et d'appartenir à une "cinquième colonne". Des personnes occupant des postes importants sont destitués ou rétrogradés. L'épuration se poursuit, tout en restant relativement discrète pendant quelques mois. Elle prend une tout autre tournure à la faveur des manifestations étudiantes qui suivent l'interdiction, à Varsovie, des représentations de la pièce de Mickiewicz, Les Aïeux (Dziady), qui donnaient lieu à des manifestations des spectateurs.

L'annonce, le 31 janvier 1968, de l'interdiction des représentations engendre un cycle de manifestations/répression. Bien que le mouvement de contestation, qui s'étend dans tout le pays, reste limité aux seuls étudiants, la responsabilité des troubles est portée au compte des "sionistes". Des listes d'"ennemis de la Pologne" sont publiées. Les ouvriers participent aux meetings organisés dans les usines. C'est aussi, pour certains, l'heure des règlements de compte: "Des tribunaux secrets commençaient à rechercher qui était Juif - ou plutôt sioniste - et qui ne l'était pas, et peut-être avait-on oublié quelque grand-mère juive..." (Józef Lipski, in Marcel Łoziński, Deuxième Partie 1956-1970).

Privés d'emplois, sans ressources et parfois sans logement, la plupart des Polonais juifs n'ont d'autre solution que l'émigration. Obligés de renoncer à la nationalité polonaise, ils deviennent apatrides, quittant leur pays "dans des conditions à la fois indécentes et humiliantes" (Michel Wieviorka, p. 140) L'exode se poursuit l'année suivante. Dans le même temps, se produit un extraordinaire mouvement d'adhésions au Parti : 37 000 nouveaux candidats prennent leur carte cette année-là.

C'est dans ce contexte que Wojciech Has adapte Lalka (La Poupée) de Prus.

Anne Guérin-Castell

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